Ecole à distance, J+1: l’opération « Grand Condor »

Trois enseignants partagent avec vous leur vie et la manière dont ils vont, tant bien que mal, mettre en place un enseignement à distance dans leur établissement.

C’est fait. Le gouvernement vaudois a décidé de fermer les écoles dès ce 13 mars, et ce jusqu’au 30 avril. Cela fait 6 semaines, moins deux de vacances. Mais loin d’être envoyés se bronzer à Rimini, les enseignants sont mobilisés et doivent assurer un enseignement à distance.

Soyons clairs et mettons les points sur les « i » une fois pour toutes: on nous demande de mettre en place en quelques jours ce que notre employeur n’a pas réussi à faire en 15 ans. On n’a même pas un portail pédagogique. Quand on sait qu’une demande d’application prend parfois plusieurs mois à être validée par le CIPEO (pour ma part, j’ai une demande en cours depuis 5 ans…), on va se passer de leurs services et nous devenons officiellement un établissement informatiquement autonome. Nous avons donc lancé l’opération « Grand Condor », parce que parfois, on a l’impression que notre employeur nous prend pour des buses.

Voilà ce que notre cheffe de département a présenté, lors de la conférence de presse du 13 mars:

Tous les lieux de formation sont fermés jusqu’au 30 avril. L’enseignement se fera à distance.

Déjà vendredi matin, l’ambiance était électrique. Nous savions que quelque chose se tramait. De nombreux enseignants ne comprenaient pas que les écoles restent ouvertes et nous étions nombreux à avoir commencé à récolter les numéros de téléphone portable des élèves au cas où. Nous avons appris la nouvelle vendredi en début d’après-midi. Et soyons honnêtes: si on a été soulagés, on a tous été sous le choc de l’ampleur de la mesure et de ses conséquences pour les élèves.

Nous sommes trois responsables MITIC dans l’établissement: Shirin, Yves et moi.

Le directeur nous a immédiatement prévenus que nous étions convoqués lundi matin 16 mars pour mettre en place les mesures d’enseignement à distance pour l’établissement.

On s’est rapidement mis d’accord sur le fait qu’il fallait arriver lundi matin avec des réponses et des solutions concrètes. Shirin enseigne en 1-2P, Yves en 5-6P et moi au secondaire. On a donc une vision assez complète des spécificités de chaque tranche d’âge de nos élèves, des programmes… mais aussi de nos collègues et de leurs compétences informatiques. Ce qui suit sera, sans tabou, la manière dont nous avons pris en main ce problème.

1. Mettre en place un canal de communication

Cela est apparu comme une évidence: on lance un serveur Discord. Yves est un utilisateur habituel de ce canal, pour ma part je ne l’ai jamais vraiment utilisé. Shirin la découvre. Mais c’est la plateforme idéale: des salons de chat écrits et vocaux. C’est aussi le canal que mes élèves et moi avons choisi pour rester en contact, car c’est une plateforme qu’ils utilisent.

On s’est rapidement mis en vocal. En effet, cela permet d’échanger vocalement tout en libérant le clavier pour travailler, prendre des notes, et avancer dans le projet.

2. Définir les axes principaux

Comme point de départ, nous avions quelques idées griffonnées:

A partir de là, l’objectif a été de dégager les axes principaux, à savoir les questions auxquelles nous allons devoir apporter des réponses. Définir ces axes va permettre aussi de définir les priorités et donc dans quel ordre les traiter:

Voici donc l’ordre dans lequel nous avons défini le traitement de ces axes:

En résumé:

  1. La logistique: quel matériel à disposition. De quoi disposent les enseignants? Et les élèves?
  2. La communication: quels canaux de communication allons-nous mettre en place entre les enseignants et entre les enseignants et les parents/élèves.
  3. Le choix des logiciels/plateformes.
  4. La formation des enseignants à l’utilisation de ces outils.
  5. Enfin, nous devons garantir autant que possible la protection des données des élèves.

La réponse donnée à chacun de ces points va avoir des conséquences sur les points suivants. Il est donc capital d’avoir une réponse claire avant de passer au point suivant. Cela évite de se disperser dans toutes les directions.

3. Gérer l’équipe

Gérer une équipe de geeks, à distance, ce n’est pas donné à tout le monde. Surtout qu’en général, c’est souvent le bordel dans nos têtes. On peut heureusement compter sur les compétences organisationnelles d’Yves pour cela. Il a été formé à la gestion de crise et est volontairement très cadrant. Avec un peu de recul, il est capital qu’un membre de l’équipe ait ce rôle de modérateur et que les autres acceptent ce recadrage. Il faut impérativement laisser les ego au vestiaire et agir avec méthode.

4. Rassurer les enseignants

[Note: cette partie a été rajoutée après la réouverture des écoles]

Le vendredi, dernier jour d’école, nous avions senti une angoisse forte parmi les enseignants, avant l’annonce de la fermeture. La situation était tendue. Dès lors, l’une de nos premières actions, avant de communiquer avec les enseignants, a été de choisir un référentiel positif et rassurant. Comme on partait (littéralement!) à l’aventure, on a décidé de le faire sous l’image des Cités d’Or, et de ses trois héros. Il n’y a rien de puéril derrière cela, mais plutôt une petite « astuce psychologique »… C’est un dessin animé qui a marqué positivement l’enfance de la plupart des enseignants. Ce faisant, on posait un cadre rassurant et connu, en ajoutant une touche d’humour décalé. C’était à la fois un appel aux enseignants pour embarquer dans l’aventure, tout autant qu’un « doudou » rassurant. Pendant 6 semaines, nos visages devenaient nos avatars. Nos interactions sociales n’étaient qu’en ligne. Il fallait donc que le « visage » que nous offrions soit le plus positif possible.

Publié par

Frédéric Genevey

Enseignant MITIC & Technologie, passionné de robotique pédagogique, d'Arduino et d'impression 3D.

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